Stage alpinisme UCPA, une semaine à Argentière

Publié le 23 June 2010 par Antonin

Retour d’expérience sur le stage d’alpinisme (Alpi perfectionnement) au centre UCPA d’Argentière ce mois de juin 2010. D’abord c’était une semaine excellente et riche et la découverte du massif du Mont-Blanc était géniale, ensuite 5 jours de temps aussi pourri c’est quand même remarquable et finalement malgré les conditions on a pu apprendre tout au long de la semaine à progresser en haute montagne et la diversité des expériences et des personnes qui participent aux stages donne en permanence l’occasion d’échanger sur nos pratiques.

Le glacier des Bossons depuis Chamonix Admirez le ciel bleu, il va bientôt disparaitre pour une semaine !

Dimanche 13/06 – Arrivée à Argentière

Après une nuit de voyage en train (départ la veille au soir de Lille direction Paris, puis train de nuit jusque Saint Gervais pour terminer en TER à Argentière) j’arrive au centre le dimanche vers 10h32. Le centre UCPA est à 100m de la gare, plutôt pratique. Je suis le premier de la journée, premier de la semaine, premier de la saison. Après les inscriptions, je prends possession de la chambre (on sera 4 à la partager cette semaine là) puis je descends boire un café à l’accueil, c’est l’occasion de faire un peu connaissance avec les autres stagiaires de la semaine. L’après-midi on va faire un tour à Chamonix,voir à quoi ça ressemble et boire une petite bière (ne perdons pas le nord !).

Il n’y aura pas grand monde cette semaine, le centre est en mesure d’accueillir plus de 300 personnes, nous serons 50 répartis dans une dizaine de groupes (alpi inititation, alpi perf., Grand Paradis, Mont-Blanc, etc.). Le groupe dont je ferai parti pour la semaine est modeste, et c’est tant mieux, on sera 4 stagiaires plus notre guide.

Lundi 14/06 – Ecole d’escalade aux Gaillands.

La semaine commence par une journée en école d’escalade afin de (re)voir la progression sur rocher avec pose de relais (sur spits, pas de TA, ne nous emballons pas), assurage du second et descente en rappel. Etant donné qu’il a plu une bonne partie de la nuit de dimanche à lundi et que le temps reste bien nuageux on prend la voiture direction les Gaillands, le site école situé à Chamonix et qui a la particularité de sécher très vite.

Il y en a du monde sur ce site ! Toute une tripotée de gamins se pointe avec leurs écoles pour grimper jusqu’en début d’après-midi. C’est bien la peine de partir hors-saison, j’vous jure ! On essaye donc de se trouver quelques lignes entre les nombreuses moulinettes déjà posées par les encadrants et on travaille relais sur corde et rappels.

Les Gaillands - Partie droite Les Gaillands Les Gaillands - Troupeau de gamins

Les Gaillands - Exercice sur 2 longueurs Les Gaillands - Le Glacier des Bossons de l'autre côté de la vallée

Mardi 15/06 – Ecole de neige au Plan de l’Aiguille.

Cette deuxième journée est axée sur la neige. Il y a pas mal de nuages sur les sommets mais on tente notre chance au niveau du Plan de l’aiguille, la station intermédiaire du téléphérique de l’Aiguille du midi, située à 2300m d’altitude. La montée se déroule intégralement dans le brouillard, d’abord dans la benne puis la demi-heure de marche qui suit, les nuages se dégagent dans l’après-midi nous permettant, par moments, d’apercevoir Chamonix en contrebas. Bon, par contre, pour les sommets c’est mort, les aiguilles juste au dessus de nos têtes ne se dégageront pas des nuages de toute la journée.

Sorti de la benne on se retrouve directement dans le brouillard On va chercher des bonnes pentes de neige pour l'atelier Exercice d'arrêt d'une chute avec le piolet

L’école de neige se déroule sur les pentes de neige au dessus du Plan de l’aiguille, au programme : progression en neige, arrêter une glissade (sur le dos, tête en avant sur le ventre, …) avec ou sans piolet, progression encordés, pose d’un corps-mort et assurage à l’épaule.

Exercice de mise en place d'un corps-mort Le brouillard se dégage un peu, la benne n'est pas très loin Sous l'Arrête des Papillons

L’après-midi on va chercher quelques blocs faciles (au pied de l’Arête des Papillons) pour travailler la progression encordés en rocher facile.

Mercredi 16/06 – Petite course d’arête vers le Refuge des Cosmique.

Une des journées les plus bouchée de la semaine avec des prévisions de pluie presque continue. La majorité du groupe étant motivée pour une tentative de sortie à l’Aiguille du midi c’est donc à 3800m qu’on se dirige. Embarquement dans la première benne avec 4 douzaines de japonais qui, à défaut de voir autre chose, prennent la pause devant les nuages. Arrivés à 3800m on s’équipe dans les couloirs puis on sort sur l’arrête de l’Aiguille du midi, elle passe très bien et, étant donné que la visibilité est limitée à 100m, le côté aérien de la progression est plutôt absent.

On vient de loin pour admirer le brouillard Aiguille du midi - On s'équipe dans les couloirs Aiguille du midi - Sortie vers l'arête dans la purée complète

On passe ensuite en progression glaciaire tranquille et on enchaine par un aller-retour sur l’arrête qui mène à la terrasse du refuge des Cosmiques. La visibilité s’est portée l’espace de 2 minutes jusqu’à la pyramide du Tacul, on ne verra pas plus loin de toute la journée, aucun sommet, nada ! Retour ensuite par le glacier en longeant l’Eperon des Cosmiques puis la Face sud de l’Aiguille du midi pour rentrer par l’arrête.

Oooohh le joli brouillard sur le glacier Du coup on est perdu : point GPS ! Finalement c'était plus à droite, toujours dans la purée totale

On passe sous le Refuge des Cosmiques On remonte vers l'arête qui mène à la terrasse des Cosmiques Sur l'arête vers le refuge des Cosmiques

Toujours sur l'arête Pause déjeuner avant de repartir vers l'Aiguille du midi

On n’a vraiment rien vu de la journée et la neige tombait fort par moments, c’est très frustrant mais on est quand même bien contents d’être monté là haut et d’avoir pu bosser sur les différentes progressions (arrête de neige, glacier et arrête mixte) plutôt que d’être restés en vallée pour tenter de trouver un bout de rocher sec. Certains groupes UCPA ont préféré aller à pieds jusqu’au glacier d’Argentière pour une école de glace, il ont pu faire leurs ateliers … sous la pluie.

Jeudi 17/06 – Montée au Refuge Albert Ier.

Journée de randonnée pour monter au refuge Albert 1er. On part du village du Tour vers 10h, sous les nuages, pour se retrouver sous une bonne pluie au bout d’une heure de marche et de continuer sur la moraine sous la neige complètement trempés. La dernière partie est un vrai régal (ou pas) avec les gros névés qui restent à l’approche du refuge on se retrouve à progresser en neige. Au moins avec ces conditions on avance vite, pressés de se mettre au chaud, et les 1200m de dénivelés sont avalés en un peu moins de 3 heures.

Départ du village du Tour Le Tour La pluie fait son entrée

On progresse sur la moraine au dessus de la limite pluie/neige La fin se déroule sou Des courageux campent juste au dessus du refuge

Vue sur le Glacier du Tour encore bien bouché Fin de journée sur les Aiguilles Rouges Couché de soleil depuis la terrasse du refuge Albert Ier

L’avantage avec les jours de montée en refuge c’est que l’après-midi c’est tranquiiiiiille, on bulle, on prépare la course de demain, on fait sécher les affaires de la matinée et on fait la sieste. :’]

Vendredi 18/06 – L’Aiguille du Tour par le Couloir de la Table (PD+).

Le sommeil est toujours plus ou moins fuyant dans un dortoir, il faut dire qu’avec 30 personnes dans la même chambre on fait ce qu’on peut pour dormir, et quand le réveil est à 4h du matin on a généralement pas dormi des masses. Une fois debout et après une préparation un peu longue (45 minutes, il faudra travailler le timing) on quitte le refuge Albert 1er aux premières lueurs du jour. Une cordée anglaise nous précède, un groupe UCPA (qui part pour la Voie Normale de l’Aiguille du Tour) et un autre groupe guidé sont derrière nous.

On s’encorde 10 minutes plus tard pour prendre pied sur le Glacier du Tour qui est tellement bouché qu’on n’apercevra pas une seule crevasse de la journée. Les anglais commencent par faire la trace dans la neige tombée la veille, puis nous prenons notre propre chemin vers le Couloir de la Table, il faut alors tracer nous même, on se relaye à trois jusqu’au pied du couloir où nous cramponons et réduisons les longeurs d’encordement.

Levé de soleil depuis le Glacier du Tour On suit la trace tranquillou ! Un peu de soleil dans ce monde de brume

On distingue le début du couloir sur la gauche Début du couloir

C’est bien brumeux dans ce couloir mais il y a quand même une petite ambiance sympa, la pente oscille entre 40° et 45°, ça donne envie de chausser les skis tout ça ! La neige n’est pas trop mal et on avance à bonne allure jusqu’au niveau de la table, puis les 20 derniers mètres sont une vraie galère, la neige n’accroche plus du tout et est complètement pourrie, il faut brasser et creuser une espèce de tranchée jusqu’à arriver à une couche de neige dans laquelle on peut planter les crampons et continuer. On fini par sortir sur l’arrête, les mains et les orteils bien gelés, mais le soleil pointe le bout de son nez pour nous réchauffer.

Dans le Couloir de la Table La fameuse table, en équilibre La sortie bien galère, on est obligé de brasser pour trouver une neige qui accroche

Il reste un bout d’arête mixte à parcourir pour arriver jusqu’au sommet, c’est beau et aérien à souhait, un régal. Une fois perché à la cime de l’Aiguille du Tour on mange un morceau et on profite de la vue qui se dégage un peu (un petit peu de Cervin par ci, un morceau de Grand Combin par là), deux espagnols sont également là, l’un d’entre eux entame un petit air à la flûte à bec, l’ambiance est apaisante. On redescend ensuite par la Voie Normale via le plateau du Trient (côté Suisse), face aux Aiguilles Dorées, et on passe par le Col supérieur du Tour pour retrouver le Glacier du Tour et retourner vers le refuge en semi-glissade dans la neige transformée.

Le soleil se fait sentir derrière l'arrête Progression aérienne sur l'arête Vers la Suisse : le Grand Combin et les Aiguiles Dorées

La pointe nord de l'Aiguille du Tour vue depuis le sommet Sur le Plateau du Trient, vers le Col supérieur du Tour Au retour, vue sur le bas du Couloir de la Table

Descente depuis le Col supérieur du Tour Retour sur la terrasse du refuge Albert Ier

Samedi – Rangement, promenade et retour en train.

La semaine d’encadrement est terminée, ce matin c’est promenade à Chamonix et nettoyage de la chambre. Personne n’a vraiment envie de partir et on traine un peu dans le bar du centre UCPA avant de se décider à aller faire un tour à l’exposition “Des glacier et des hommes” à l’espace Tairraz de Chamonix (super expo au passage).

Les heures filent et il est finalement temps de prendre le TER jusque St Gervais puis le train de nuit jusque Paris. Une petite boule au ventre, il faut bien l’admettre. Même quand on ne voit pas les montagnes on les sent s’éloigner.


3 réactions sur Stage alpinisme UCPA, une semaine à Argentière

  • Valérie says:

    Contente que ton petit voyage t’a plu.
    Très sportif tout ça
    C’est vrai qu’au mois de juin il manque un peu de chaleur.
    L’intérêt de la montagne c’est que tu peux refaire la même chose au même endroit dans 8 jours avec du soleil tu n’auras pas l’impression de refaire quelque chose que tu as déjà fait

  • Jean et Janine MASSON says:

    Nous sommes heureux que malgré le temps pourri que tu as eu (cela peut être difficilement plus mauvais)ton stage t’ai plu. Vous semblez faire des choses assez exceptionnelles mais qui devaient être bien épuisantes. Avec la montagne, c’est toujours le gros problème, on ne sait jamais le temps que l’on aura et là plus qu’ailleurs, le mauvais temps gêne énormément. L’ambiance fait beaucoup dans ce genre de sport.Nous pourrons en parler de vive voix. A mardi soir gros bisous

  • Michel says:

    Ayant fait de noùbreux stages UCPA dans les années 90, je retrouve l’ambiance.

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